Oui, il faut lire Raymond Queneau. Classé parmi les auteurs modernes, Queneau n'en reste pas moins un écrivain insaisissable. Ayant traversé le surréalisme, la littérature engagée et le Nouveau Roman sans jamais s'être plié à une seule de ces modes, il a imposé un style original qui allie fantaisie malicieuse et poésie. Et puis comment peut-­on naître au Havre, quelle idée...

rqueneau

Certes, je n’ai rien contre les havrais mais tout de même poète au Havre, je préfère Honfleur. Fondateur de l'Ouvroir de Littérature Potentielle en 1960 ; ce groupe se propose de créer de nouvelles structures poétiques et romanesques. Queneau est sans doute un pessimiste actif. C’est sans doute pour cela que je l’aime. Il n'empêche que derrière l'humoriste, le sceptique ou encore le malicieux mystificateur se cache un homme passionné par le savoir encyclopédique. Il a dirigé la célèbre collection La Pléiade, chez Gallimard. Il ne cesse de poser cette question : « quelle satisfaction peut-­on bien éprouver à ne pas comprendre quelque chose? ». On comprendra aisément que cet homme n’est pas totalement mauvais. Oui, il faut lire Queneau.

Tout Queneau.

Et pour une mise en bouche, voire une introduction à moins que ce ne soit un clin d’œil, le poème

ci­-dessous.

B&P

 

Après une attente gratinée sous un soleil au beurre noir,
je finis par monter dans un autobus pistache
où grouillaient les clients comme asticots
dans un fromage trop fait.
Parmi ce tas de nouilles,
je remarquai une grande allumette
avec un cou long comme un jour
sans pain et une galette sur la tête
qu’entourait une sorte de fil à couper le beurre.
Ce veau se mit à bouillir parce qu’une sorte de croquant
(qui en fut baba) lui assaisonnait les pieds poulette.
Mais il cessa rapidement de discuter le bout de gras
pour se couler dans un moule devenu libre.
J’étais en train de digérer dans l’autobus de retour
lorsque devant le buffet de la gare Saint-Lazare,
je revis mon type tarte avec un croûton
qui lui donnait des conseils à la flan
à propos de la façon dont il était dressé.
L’autre en était chocolat.

(Raymond Queneau)