Peut-être parce que j’aime regarder, par un samedi pluvieux, assis dans mon fauteuil un match de rugby entre l’Ecosse et l’Irlande, à moins que ce ne soit le Pays de Galles ; bref des Celtes.

Dans ma main droite un verre de whisky, sec cela va de soi. C’est ma façon à moi d’aimer le rugby, de le comprendre, [surtout après plusieurs verres] et d’honorer ces nations dont la gloire est d’avoir inventé et propagé le goût du whisky. Que du bonheur !

Il y a dans l’étrange lucarne, de la boue, du vent, de la bruine, des types qui courent derrière un ballon ovale dont la trajectoire est toujours surprenante et incertaine.

C’est le moment où je me sens britannique ; un peu comme les Anglaises qui iraient voir la corrida et se prendraient pour la carmencita, pour paraphraser Brel.

Car le whisky, comme le rugby, est un art. C’est ce que nous montre Christine Lambert dans un article de Slate.fr lorsqu’elle nous parle de cette distillerie d’Islay. D’emblée nous sommes prévenus : « C’est l’une des distilleries fondatrices du whisky écossais. Sans gesticulations, elle produit la fine fleur du malt tourbé, chic et indémodable. Entre nous, il serait dommage de laisser (grand-) papa en profiter seul. » Et l’auteur de préciser : « des huit distilleries de l’île, Lagavulin est sans aucun doute la plus racée, la plus couture, l’aristocrate du lot. Du whisky de grand-papa? Seulement pour ceux qui n’apprécient dans le malt que les coups d’éclat et le buzz triomphants, les «like» et les «fav». En restant fidèle à son histoire, «Laga» s’est imposé comme le classique hors des modes, de bon goût, la petite robe noire d’Islay. Aussi complexe qu’une évidence. »

Et plus loin : « Quelques séries limitées viennent titiller la curiosité et le palais. Citons parmi elles les sublimissimes 12 ans embouteillés brut de fût, un Triple Matured un peu trop foutraque, et les éditions annuelles Feis Ile (bon sang, le cru 2014 était à se damner!) vendues à la distillerie. Pas d’esbroufe, la gamme permanente se réduit à deux expressions. Le 16 ans qui incarne l’éternel tourbé d’Islay, sauvage et tendre : un nez de cuir et de fruit flottant dans une volute de fumée, une bouche pleine de caractère, âcre, fruitée, goudronnée qui vous embrasse à perdre souffle. »

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Et pour finir un peu de poésie : « L’hiver, les vagues tabassent la distillerie dans de furieuses mercuriales, balançant les algues par-dessus les toits. Mais aux beaux jours, elles viennent lécher la baie de Lagavulin, dans une vision de carte postale imprimée sans filtre. À ceux qui hument les embruns dans leur verre de «Laga», nous chuchoterons à l’oreille que l’immense majorité des fûts, pourtant, ne vieillit pas sur place, mais dans des chais plantés au centre de l’Ecosse. Si l’océan laisse sa trace, c’est dans nos rêves, et tant mieux s’ils sont doux. »

En route pour l’Ecosse ! Avec un breuvage pareil, vous ne regarderez plus le rugby comme avant. Reviens Couderc, il existe des moments où l’on peut encore rêver que le temps n’a pas de prise et qu’au fond d’un verre de whisky nous embrassons le monde.

 Lire l’article de Christine Lambert

B&P (après un stage de rugby arrosé en Ecosse)