Benoît Duteurtre est né en 1960 à Sainte-Adresse, joli nom pour un lieu de naissance. Il est l’arrière-petit-fils du président René Coty par sa mère.  Par ailleurs, Benoît Duteurtre est passionné de musique. Il est producteur d’une excellente émission sur France Musique intitulée : « Etonnez-moi Benoît. »

À travers tous ses romans Benoît Duteurtre s’intéresse aux aspects concrets de notre temps qu'il restitue à travers des situations précises. Il narre les traits de caractères et les comportements caractéristiques de notre époque. Il se définit lui-même comme un adepte de la « littérature de basse-cour.»  Ses personnages, des personnes ordinaires aux prises avec la société qui les entoure, s'évertuent à s'adapter à cette dernière tout en révélant leurs limites et le grotesque de leur caractère. Appartenant souvent à une classe moyenne avide d'ascension sociale, ces anti-héros cherchent leur place dans un monde en transformation qu'ils croient contrôler et même parfois dominer au début de leurs aventures.

Dans Chemin de fer, publié en 2006, il s’agit du journal intime d'une femme d'une cinquantaine d'années qui partage sa vie entre sa brillante carrière à Paris et son amour pour une petite masure dans un village de montagne où elle essaie de vivre coupée du monde moderne. Cet ouvrage est une réflexion sur l'évolution de notre société et la marche en avant forcée d'un progrès qui semble entraîner de nombreuses régressions.

Les Pieds dans l'eau, est un roman très autobiographique qui  représente le milieu social et la famille du héros, tout deux marqués par la figure omniprésente du fameux aïeul, le président René Coty son arrière-grand-père.

Ballets roses, décrit les parties fines de l’ancien résistant et président de l’Assemblée, " Le Troquer", avec de jeunes adolescentes.

Benoît Duteurtre a imaginé le retour du Général De Gaulle âgé de 120 ans dans la France d'aujourd'hui.

Mais me direz-vous pourquoi cet intérêt ? Parce que réponds-je sans coup férir !

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Son récent livre « La nostalgie des buffets de gare », paru aux éditions Payot nous interpelle en tant que consommateurs. Ah ! les buffets de gare, les sandwiches SNCF. Car avec la SNCF c’est possible ! Souvenons-nous de cet inénarrable slogan, lequel arrivait à nous convaincre que les trains n’arrivaient plus à l’heure mais que ce n’était pas grave ; que la restauration SNCF était de mauvaise qualité, onéreuse et que ça n’était pas grave non plus. Nous n’avions qu’à regarder le paysage défiler.

Ainsi ce texte bref raconte la transformation des trains et des gares. Il montre comment un service pratique et bon marché, desservant l’ensemble du territoire, s’est reconverti en entreprise calquée sur le modèle aérien avec ses réservations obligatoires, ses offres low-cost et ses galeries commerciales. Finies les haltes ferroviaires de Lexos ou de Najac avec l’omnibus du matin.L’auteur erre dans les « trains déclassés » et les attentes infinies gare Saint-Lazare. Benoît Duteurtre nous fait voir le revers du TGV.

Il ne cache pas sa nostalgie des buffets de gare remplacés par les Starbucks Coffee ou la disparition des wagons-lits sacrifiés sur l’autel de la rentabilité. On vous le disait bien : "tout fout le camp !"

Mais, surtout, ce livre s’interroge sur le démantèlement des services publics, la passion des marques, l’obsession sécuritaire ; tout ce qui contribue à rendre nos vies plus dépendantes en éliminant la part d’imprévu et de poésie.

 D’ailleurs les vacances approchant pourquoi ne pas publier un guide des aires d’autoroutes qui recenserait les lieux où l’on mange à peu près bien avec les spécialités de chacune : trop de moutarde ; pas assez de ketchup ; les frites trop cuites ; le menu enfant insuffisant ; quant à l’accueil nous n’en parlerons pas. Quel bonheur ! Il pourrait en être de même des gares SNCF ou des gares routières. 

Passer une après-midi de juillet, par une chaleur de 33 degrés à l’ombre, sur l’aire de Trifouillis-les-Oies, après avoir déjeuné dans une de ces chaînes de restaurant que le  monde nous envie et où l’on défend le steack-frite national. Ensuite, l’on irait jouer avec les enfants sur l’aire de jeu prévue à cet effet en espérant, pour les familles nombreuses, en oublier un, voire le perdre avant d’arriver à la mer car la location est petite. Mieux que les vacances de Monsieur Hulot.

 Et c’est ainsi qu’il m’arrive comme Benoît Duteurtre d’avoir la nostalgie des petits hôtels et des pensions familiales de Luchon, Cambo-les- Bains (voir le piano de Massenet dans la maison d’Edmond Rostand) mais aussi de Saint-Raphaël ou de Saint Paul de Vence ; vous savez la Nationale 7 si bien chantée par Charles Trenet.

 Bon je vous promets quand même une série sur les meilleures aires d’autoroute, restauroute et pique-nique compris. Vous allez aimer.

 Et vous lecteurs, mes semblables, mes frères, n’hésitez pas à nous faire connaître vos coups de cœur !

 B&P (ou la nostalgie n’est plus ce qu’elle était).

 

La nostalgie des buffets de gare, Payot, 109 p.