"Je me souviens", un livre de Georges Pérec publié en 1978 aux éditions Hachette.

C'est un recueil de bribes de souvenirs rassemblés entre janvier 1973 et juin 1977, échelonnés pour la plupart « entre ma 10e et ma 25e année », précise l'auteur.

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« Des petits morceaux de quotidien, des choses que, telle ou telle année, tous les gens d'un même âge ont vues, ont vécues, ont partagées, et qui ensuite ont disparu, ont été oubliées ; elles ne valaient pas la peine de faire partie de l'Histoire, ni de figurer dans les Mémoires des hommes d'État, des alpinistes et des monstres sacrés. Il arrive cependant qu'elles reviennent, quelques années plus tard, intactes et minuscules, par hasard ou parce qu'on les a cherchées, un soir, entre amis ; c'était une chose qu'on avait apprise à l'école, un champion, un chanteur ou une starlette qui perçait, un air qui était sur toutes les lèvres, un hold-up ou une catastrophe qui faisait la une des quotidiens, un best-seller, un scandale, un slogan, une habitude, une expression, un vêtement ou une manière de le porter, un geste, ou quelque chose d'encore plus mince, d'inessentiel, de tout à fait banal, miraculeusement arraché à son insignifiance, retrouvé pour un instant, suscitant pendant quelques secondes une impalpable petite nostalgie. »

Sans vouloir égaler Georges Pérec en relisant ces souvenirs me sont revenus en mémoire des moments d'une vie passée où les odeurs de cuisine, les mets, les liquides sont aujourd'hui la marque d'un temps ou d'une époque peut-être déjà oubliée.

Je me souviens de ma mère ajoutant un cube de bouillon Kub dans l'eau frémissante...

Je me souviens de la première fois où j'ai bu du Vosne-Romanée ; il faisait beau et je fus un peu gris...

Je me souviens du nègre des boîtes en métal de banania que je buvais au petit déjeuner...

Je me souviens que j'ai aspergé les seins de ma vis-à-vis en ouvrant une bouteille de blanquette de Limoux...

Je me souviens du civet de sanglier cuisant doucement dans la coquelle près du feu de cheminée dans la maison des Corbières...

Je me souviens d'une lessiveuse pleine de langouste à l'Armoricaine...

Je me souviens des étiquettes de Popeye et de ses avants-bras sur les boîtes d'épinard...

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Je me souviens de Catherine Langeais et Raymond Oliver dans les émissions culinaires à la télévision...

Je me souviens que je n'aimais pas les choux de Bruxelles ni leur odeur de cuisson...

Je me souviens que dans les desserts de mon enfance, je mangeais beaucoup de Saint-Honoré...

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Je me souviens que le dimanche chez mes grands-parents, on terminait les repas avec du champagne Mercier...

Je me souviens des apéritifs où l'on buvait de la Suze...

Je me souviens de l'odeur des soupes de potiron que préparait ma tante...

Je me souviens que je ne me rappelle plus ce que mangeaient les Shadoks...

Je me souviens des biscuits Lu que l'on trempait dans le thé à cinq heures...

Je me souviens que je n'aimais pas la brandade de morue...

Je me souviens qu'il était interdit de mettre les doigts dans la confiture sous peine d'être puni...

Je me souviens que j'avais peur des crabes chez le poissonnier...

Je me souviens des repas de fin vendanges sous la tonnelle à la coopérative...

Je me souviens que je reprenais du boeuf bourguignon tellement il était succulent...

Je me souviens que j'ai aimé le whisky dès mon premier verre...

B&P (nostalgique)