merci-pour-le-chocolat-isabelle-huppert1

En ces temps de fêtes combien de fois beaucoup d'entre nous n'auront-ils pas dit, en ouvrant un paquet dont le joli papier avait du mal à se défaire, ou bien en raccompagnant tardivement un couple d'amis : "Merci pour le chocolat !" Et la maîtresse de maison d'ajouter : "J'espère que ça va s'arrêter là, encore que je ne connaissais pas cette marque. Tiens je vais en prendre un, pas toi mon chéri !" On voit par là combien le chocolat réunit les couples et les amis. Mais il peut aussi les défaire.

 Soit le film réalisé par Claude Chabrol et tiré d'un roman de Charlotte Armstrong, américaine, scénariste et auteur de romans policiers, "Merci pour le chocolat !" avec Jacques Dutronc, Isabelle Huppert, Anna Mouglalis.  

Les apparences sont souvent trompeuses, et Claude Chabrol s’est employé à le démontrer, malicieusement, au cours de sa longue et fertile filmographie. Prenez Merci pour le chocolat : à l’image du breuvage cacaoté et suspect qu’Isabelle Huppert prépare à ses proches énamourés, le film semble se satisfaire d’un calme plat et sans vagues ; mais sous ses airs onctueux, il cache en profondeur quelques substances autrement plus vénéneuses. Le ton est doux, feutré, ostensiblement théâtral. L’action s’y déroule essentiellement dans des intérieurs chics, tant et si bien qu’on aurait vite fait de qualifier Merci pour le chocolat de téléfilm pantouflard. Cependant, dès sa première scène de cérémonie mondaine, le long-métrage nous happe sans qu’on comprenne immédiatement pourquoi ; l’intrigue semble banale, mais on sent constamment qu’il y a anguille sous roche, ambiance qui cloche. C’est que le film, insidieusement captivant, trouve sa source chez un maître du polar américain dont j'invite à lire les livres, Charlotte Armstrong, maintes fois adaptée au cinéma et dont la matière originale, The chocolate cobweb, annonçait plus explicitement la couleur - traduit par un "Merci pour le chocolat" plus poli et, bien évidemment, plus ambivalent. Le réalisateur du Boucher s’amuse à moduler les noms des personnages ; dans le sillage farceur de ses modèles littéraires, Balzac et Simenon, ils sont porteurs de références ironiques, de double-sens élégants. Le meilleur exemple demeurant le personnage de Mika Muller, héritière d’une importante... chocolaterie suisse !

imgres-1

 Louis Guichard, critique de son état, nous l'écrit : "Et comme toujours chez Chabrol, ce sont les acteurs qui véhiculent, chacun dans son registre, les signaux les plus savoureux, ou les plus effrayants. Savante « absence » de Jacques Dutronc, dans le rôle de l'artiste qui ne peut s'ouvrir qu'à sa semblable, Jeanne, l'élève surdouée ; alarmante immaturité du rejeton Polonski (Rodolphe Pauly), dangereusement couvé par Mika ; témérité exagérément indiscrète de Jeanne (Anna Mouglalis) ; cascades de lapsus de sa mère (Brigitte Catillon)... Le cas d'Isabelle Huppert est à part. Comme la plupart des figures chabroliennes, cette grande bourgeoise joue mal le rôle que la société lui a assigné. Mais contrairement aux autres, elle n'a nulle identité de rechange ou de secours, même chimérique, à substituer à cette mascarade. Elle « fait semblant ». Et cela donne un tour vertigineux à la chute du film. Quelque chose de si simple et de si énorme que d'autres cinéastes s'efforceraient tant bien que mal d'en estomper la part d'invraisemblance. Chabrol, lui, fait l'inverse : il accentue soudain la dimension délirante de son scénario, et envoie balader toute contrainte de réalisme, selon une logique du « ça passe ou ça casse ». Ça passe. Tellement bien, même, qu'on se demande tout à coup si l'on ne vient pas d'assister à quelque film fantastique... Ce qui est tout de même assez fort de café pour une simple histoire de chocolat. " 

La charge est violente et personne n'en sort indemne, ni le pianiste totalement désintéressé de son fils. Ni ce fils à moitié amorphe. Et surtout pas la femme à laquelle Isabelle Huppert prête toute sa démesure et tout son talent. Rien que pour elle, il faut voir "Merci pour le chocolat "; pour constater à quel point elle réussit à se couler dans l'univers chabrolien. Tissant une toile, au propre comme au figuré, elle finit par s'y perdre définitivement - dernier plan remarquable. Chabrol utilise sa caméra comme un scalpel qui ne laisserait plus aucune chance aux personnages. Ceux ci sont constamment suivis, persécutés par un cinéaste soucieux de mettre à jour leurs moindres tics, leurs moindres défauts. La caméra s'élève, virevolte, va et vient, mais revient toujours au même point : l'imperfection, le vice.

imgres

On l'aura compris, votre serviteur ne saurait trop conseiller de voir ou revoir et de posséder en DVD cet excellent Chabrol dont on sait que ce dernier avait une passion non dissimulée pour la bonne cuisine. Il choisissait souvent ses lieux de tournage en province en fonction de la qualité de la cuisine de terroir. C'est dire son talent ! Claude Chabrol n'était donc pas totalement mauvais !

Quand on aime le chocolat ! On va au cinéma !

Pour ne pas mourir idiot, un peu d'histoire sur l'origine du chocolat  : 

Le livre de la Genèse Maya, le Popol Vuh, attribue la découverte du chocolat aux dieux. Dans la légende, la tête du héros Hun Hunaphu, décapité par les seigneurs de Xibalba, est pendue à un arbre mort qui donna miraculeusement des fruits en forme de calebasse appelés cabosses de cacao. La tête crache dans la main d'une jeune fille de Xibalba, l'inframonde maya, assurant ainsi sa fécondation magique. C'est pourquoi le peuple maya se sert du chocolat comme préliminaires au mariage. Le cacao permet aussi de purifier les jeunes enfants mayas lors d'une cérémonie. De même, le défunt est accompagné de cacao pour son voyage vers l'au-delà.

Ce n'est qu'à partir de la conquête des Aztèques par les Espagnols que le chocolat est importé en Europe où il devient rapidement très prisé à la cour d'Espagne. Hernan Cortès découvre le breuvage chocolaté en 1519. Il est le premier à en rapporter en Europe, à ses maîtres d'Espagne : cette boisson amère, écumeuse et poivrée retient alors l'attention lorsqu'on y ajoute de la vanille et du miel. Dès le 17è siècle le chocolat devient une ressource très appréciée de l'aristocratie et du clergé espagnol. Son commerce s'étend alors aux autres colonies espagnoles comme les Pays-Bas espagnols.

L'arrivée du chocolat en France a commencé avec l'exil des juifs séfarades ou marrantes d'Espagne en 1492 puis du Portugal vers 1536, fuyant l'Inquisition et venus se réfugier dans l'Hexagone en transportant le chocolat dans leurs valises. De nombreux marranes s'installent notamment dans le quartier Saint-Esprit de Bayonne après 1609, ils sont à l'origine de l'introduction du chocolat en France.

Nous ne développerons pas davantage l'histoire du chocolat ni le passage à l'industrie chocolatière qui demanderait plusieurs rubriques. Peut-être reviendrons-nous sur le sujet ultérieurement.

Aujourd'hui, la Suisse est le 1er pays consommateur de chocolat au monde (la France est le 10e) avec 11,18kg par habitant et par an. Parmi les vingt pays consommant le plus de chocolat, seize sont européens. L’Europe déguste 40% du cacao mondial.Nombre de fermiers cultivant des cacaoyers dans le monde: 6,5millions.En 2012-2013, les recettes des chocolatiers, Mars Inc. en tête, ont atteint 81milliards d’euros. Les trois héritiers de l’empire Mars possèdent la 3e fortune au monde avec 60 milliards de dollars (loin devant Michele Ferrero – propriétaire entre autres de Nutella – 23milliards). 284000 enfants ramassent les fèves de cacao en Afrique de l’Ouest. Leur salaire moyen est inférieur à 1euro par jour.

Une barre de chocolat Cadbury abandonnée par Robert Scott dans l’une de ses premières tentatives pour parvenir au pôle Sud (vers 1901) a été vendue aux enchères en 2001 et adjugée à 686dollars. 

Et pour finir une devise : «Mange des chocolats! Dis-toi bien qu’il n’est d’autre métaphysique que les chocolats.»

Allez au cinéma et mangez du chocolat pendant l'entracte et même à la sortie !

B&P (cinéphile)